Ce jeudi 29 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi qui crée un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Le texte a recueilli 166 voix pour, 16 contre et 123 abstentions. C’est une étape importante pour des milliers de professionnels et pour les familles qu’ils accompagnent au quotidien.
Ce que prévoit le texte
La proposition de loi est soutenue de longue date par les syndicats de l’Éducation nationale. Ses principales mesures :
- Un véritable statut : création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B dédié aux AESH.
- La titularisation des AESH en poste : celles et ceux en fonction au 1er septembre 2026, dans le public comme dans le privé sous contrat, deviendraient fonctionnaires stagiaires, puis titulaires après un an de formation.
- Un temps plein reconnu : 24 heures de service hebdomadaire correspondraient à un temps complet.
- Un filet pour tous : les personnels qui ne rempliraient pas les conditions de titularisation se verraient proposer un CDI aux mêmes conditions de salaire et de temps de travail.
- Un recrutement par concours pour les futurs AESH.
Pourquoi c’est une bonne nouvelle
Sortir les AESH de la précarité. Plus de vingt ans après la loi handicap du 11 février 2005, ces professionnels travaillent encore sous contrat, souvent à temps partiel subi. Beaucoup ne peuvent pas vivre de leur métier. Un statut de fonctionnaire leur offrirait enfin un salaire digne et une carrière.
Stabiliser l’accompagnement des enfants. Le turn-over des AESH pèse directement sur les élèves : chaque départ oblige l’enfant à recréer un lien de confiance. Un métier plus attractif et mieux sécurisé, c’est un accompagnement plus durable.
Mieux former. La titularisation s’accompagnerait d’une vraie formation initiale. Accompagner un enfant autiste, dyspraxique ou porteur d’un handicap moteur demande des compétences précises, qui méritent d’être reconnues et développées.
Recruter pour répondre aux besoins. Des milliers d’élèves en situation de handicap attendent encore une AESH. Rendre le métier attractif est la condition pour pourvoir les postes et faire vivre une école réellement inclusive.
Reconnaître un métier à part entière. Les AESH ne sont pas des « aides » : ce sont des professionnels de l’école inclusive. Un corps de fonctionnaires dédié inscrit cette reconnaissance dans la loi.
Les objections, et pourquoi elles ne doivent pas bloquer la réforme
Le débat a soulevé des questions légitimes, qu’il serait malhonnête d’ignorer.
Le coût. En janvier 2026, le gouvernement chiffrait à 4,3 milliards d’euros une proposition comparable. C’est une somme importante. Mais c’est aussi un investissement dans la scolarisation de centaines de milliers d’enfants, et dans la réduction des coûts cachés de la précarité : démissions, postes vacants, élèves déscolarisés faute d’accompagnement.
La formation la première année. Le ministre Édouard Geffray, favorable à la fonctionnarisation d’une partie des AESH seulement, a alerté sur une baisse de la capacité d’accompagnement pendant l’année de formation. Le risque est réel : il appelle un calendrier de mise en œuvre progressif, pas un renoncement.
Le niveau de diplôme. Certains députés ont rappelé que la catégorie B suppose en principe un niveau bac ou bac+2. Le texte prévoit justement un CDI aux mêmes conditions pour ceux qui ne pourraient pas être titularisés : personne ne serait laissé de côté.
Et maintenant ?
Rien ne change dès demain. Ce vote est une première lecture : le texte doit encore passer au Sénat, qui avait rejeté une proposition proche en janvier 2026. Tant que la loi n’est pas définitivement adoptée et que ses décrets ne sont pas publiés, les contrats, salaires et affectations actuels restent inchangés.
Pour les familles, l’accompagnement de votre enfant continue dans les mêmes conditions. Si une AESH est notifiée par la MDPH mais n’est pas présente, il reste utile de le signaler par écrit à l’établissement et au PIAL dès maintenant.
Je soutiens la titularisation des AESH. Une école inclusive ne peut pas reposer sur des professionnels précaires, sous-payés et insuffisamment formés.
Le vote du 29 octobre est un signal fort ; il revient maintenant au Sénat de le confirmer.

